Quand la Sociologie prendra sa place dans le champ des sciences…

Il y a des jours comme ça, on regarde des gens parler de « conscience », de ce que c’est d’être « humain » et « rationnel », de « robots » et d’ « intelligence artificielle »… des gens qui se posent tout plein de question sur pourquoi ? comment ? Et le mystère qui se cache dessous. Mais j’ai envie de leur dire, arrêtez tout. Ça ne sert à rien. Il n’y a pas de mystère hautement incroyable. La conscience (ou l’inconscience), l’intelligence, l’humanité sont les choses les plus banales qui soient. Le seul problème, c’est que la discipline qui devrait apporter la réponse qui est au nœud de vos questionnements, ne fait tout simplement pas son boulot.

Intelligence, conscience, langage, humanité sont tous reliés par une seule et même chose, l’existence de relations sociales. Le problème c’est que la discipline sociologique, censée être un discours, une science du social, sur le social, est devenu un discours sur tout, elle est au sens propre une science sociale. Et en ratant ainsi à ce point son objet, elle s’est éloignée des questions fondamentales pour s’intéresser à la surface des choses, à des questionnements culturo-centrées (à défaut d’être éthno-centrées). Or la sociologie a mieux à faire que ça. Notamment elle peut (et doit, à mon avis…) être la discipline qui apporte des réponses claires aux questionnements concernant, je les ai cité précédemment : l’humanité, la conscience, le langage, l’intelligence. Car tous sont liés et fondés sur et par l’existence de relations sociales.

L’humanité n’est qu’une catégorie pour nous désigner entre nous et nous différencier des autres. La conscience de soi n’est qu’une nécessité parmi d’autres, particulièrement valorisé chez nous en raison de notre aspect social et donc de la nécessité de signifier à d’autres un « Je », une subjectivité, fruit d’expériences qui lui sont propres et qui n’a de sens qu’au sein d’un collectif socialisé. La rationalité n’est qu’une somme d’expériences réalisées et mise en liens, en situation, par le cerveau. Une méconnaissance de la situation ou un problème neurologique impliquant les neurones de la mémoire et la rationalité disparaîtra aussi sûrement que l’eau s’évaporera en plein désert. Et pour ce qui est de l’intelligence, privez donc le cerveau d’expériences ou de capacité d’agir et il restera aussi amorphe et insignifiant, a priori, qu’une feuille de salade.

Au cœur de toutes ces choses, il y a le langage. Sans langage pas de catégorie d’ « humanité », pas de catégorie de « conscience » et je dirais même plus, sans des êtres capables de développer cette capacité de langage, la « conscience » et l’ « humanité » n’auraient tout simplement aucun sens. Sauf que pour qu’un langage existe il faut que des relations stables existent entre des êtres vivant dotés de certaines propriétés de perceptions, d’actions et de mémorisations. Sans la mise en coprésence d’êtres possédants de tels propriétés, alors pas de social, c’est à dire :

– pas d’intelligence

– pas de langage

– pas de conscience

– et donc, pas d’humanité…

D’ailleurs, mais cela nécessiterait d’être démontré par l’expérience, l’affirmation inverse a toute les raisons d’être vrai : des êtres vivants dotés de propriétés de perceptions, d’actions et de mémorisations, mis dans un espace donné, propice, produiront nécessairement un langage, et produiront nécessairement le reste, c’est à dire une conscience individuelle (subjectivité), une conscience collective (ou humanité), une intelligence, une rationalité, (et aussi des lois, des règles, de la politique… et même de la religion, oui, oui). La seule question qui se pose c’est la capacité de préciser les propriétés nécessaires de ces êtres (par la robotique notamment), les propriétés nécessaires du milieu, et ensuite d’être capable de créer ces propriétés et ce milieu pour réaliser l’expérience. Et ensuite d’être capable de moduler les paramètres de l’expérience pour observer les différentes issues sociales qu’une telle expérience peut offrir (ce qui n’est pas une mince affaire, j’en conviens…).

La sociologie, considérée comme science, a donc vocation à rendre intelligible cette toute simple réalité que la religion et les croyances ont occultés par leurs mises en récits de la réalité (force sociale s’imposant par excellence sur son étude) : l’humanité n’est qu’un phénomène naturel parmi les phénomènes naturelles. Et si la vie et en l’occurrence l’humanité a un sens, elle n’a que le sens défini par les propriétés propres des corps engagés et par le milieu dans lequel ceux-ci évoluent, offrant à ces derniers les raisons et les moyens de leurs actions. Que ces corps soient des corps sociaux ajoute une nouvelle dimension au phénomène, mais ne change rien de fondamental, ni à sa compréhension, ni à son explication.
Alors certes c’est un poil matérialiste et brut de décoffrage. Réduire ainsi ce que nous sommes nous obligera à la fois à être plus modeste sur nous même mais aussi plus vigilant face à ceux d’entre nous qui veulent laisser libre court à leur volonté de puissance sur le monde, mais le jour où la sociologie prendra ce virage, en tant que discipline, alors la science et la connaissance auront fait un grand pas en avant ; et une sociologie portant un discours plus solide pourra enfin porter ses fruits et offrir des perceptives à ceux qui veulent une véritable amélioration de la gestion politique des cités…

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