D’une science sociale à une science du social, quand la sociologie se fera science

Suite à mon précédent billet, je souhaite prolonger ici ma réflexion critique sur la discipline sociologique et notamment sur l’ambiguïté du discours tenu par les chercheurs qui la composent à l’égard de leur objet. J’ai toujours eu le sentiment, pendant ma formation, et même après, que la sociologie n’avait ni pour but d’expliquer ni pour but de comprendre véritablement les phénomènes sociaux, mais qu’elle se satisfaisait d’ordres d’explication d’un niveau macro et méta parce qu’elle privilégiait l’explication de faits de société ou parce qu’elle était directement intéressée à la production de concepts. En l’état actuel des choses, il me semble donc que parler de science sociale en ce qui concerne la discipline sociologique, constitue un abus de langage ou, en tous cas, relève d’une conception faible de la science, du moins en France et pour ce que j’ai pu en saisir lors de mes 5 ans d’apprentissages de la discipline à l’université. Il ne s’agit pas ici de discréditer le travail sociologique ou de contester la rigueur des enquêtes de terrain, qu’elles soient quantitatives ou qualitatives, mais d’interroger son positionnement dans l’espace de production des savoirs scientifiques. Car si l’avantage de s’inscrire dans l’espace des faits de société ou du champ intellectuel est de pouvoir répondre à des problématiques qui leurs sont propres, elle tend aussi à limiter son discours à une finalité pratique, au point d’en oublier son objet. Or la discipline sociologique, parce qu’elle fait l’étude d’un ordre de réalité qui lui est spécifique – le social – pourrait prétendre, comme n’importe quelle science, à la production de savoirs universels.

La présente contribution a donc pour but de participer à ce questionnement concernant l’existence de lois sociales et plus généralement de l’existence possible d’une science du social qui puisse être considérée à l’égal des autres disciplines de science. Un questionnement qui devrait notamment amener le chercheur intéressé à cette étude à contester la séparation qui est généralement faite entre sciences sociales et sciences naturelles et à réinscrire les phénomènes sociaux dans la grande catégorie des phénomènes naturels. Mais pour cela, encore faudra t-il qu’il s’en donne les moyens, c’est-à-dire qu’il travail à développer les outils qui permettront à la fois de saisir chaque fois plus précisément, et de repousser chaque fois plus loin, les frontières de la dimension particulière de réalité dont il fait l’étude. Un aspect qui m’a semblé complètement absent, pour ne pas dire complètement ignoré, de la discipline telle que j’ai eu à l’appréhender tout au long de mon cursus.

Pour faire entrer pleinement la sociologie dans le domaine des sciences, il lui faudra donc nécessairement se détacher des questions politiques et morales qui imprègnent la dimension sociale des phénomènes. Non seulement ce ne serait pas un luxe, mais cela devrait être une condition à l’affirmation d’un discours scientifique sur le social qui se donnerait les moyens d’accéder à des savoirs plus fondamentaux. Ce n’est qu’ensuite que la discipline pourra s’interroger sur sa capacité à définir et à saisir, de façon stricte, les propriétés sociales et les principes fondamentaux qui définissent l’existence des phénomènes qu’elle étudie. Et pour cela, elle devra se concentrer sur l’explication de ce qui constitue la seule réalité scientifiquement acceptable : les pratiques, plus ou moins organisées, plus ou moins homogènes, d’individus engagés socialement. A cette fin, elle devra nécessairement élaborer de nouveaux outils, et ces derniers devront à la fois améliorer ceux déjà existants, en remplaçant le carnet de terrain ou le questionnaire par exemple, mais devront aussi être en mesure de déplacer le regard du chercheur. C’est là le cap à franchir pour une discipline qui prétendrait non seulement à une place à l’égale des autres sciences, mais dont l’intention serait aussi de rendre ses savoirs utiles et pratiques pour le devenir des sociétés au sein desquelles elle s’exprime.

Remettre en question la pratique sociologique

Lorsque j’ai été confronté à un discours sociologique, celui-ci se présentait généralement sous la forme suivante :

« Les individus A font ceci ou cela – ou le phénomène B, dont les actions et les pratiques des individus sont les révélateurs – s’expliquent parce que le capitalisme ou la hiérarchie, ou les pratiques, ou les rapports de pouvoir, ou les positions, ou les capitaux, etc, font qu’ils agissent ainsi ou font que l’existence de ce phénomène s’en trouve justifié »

À cela il faut bien entendu rajouter toute la couche argumentative faite de références aux confrères, aux fondateurs ou aux courants de la sociologie qui ont d’une façon ou d’une autre abordé et contribué à l’étude des pratiques des individus A ou du phénomène B. Une démarche dont le chercheur a certes besoin pour inscrire sa spécificité, son apport, dans l’ensemble des productions sociologiques déjà existantes, mais qui, si elle est effectivement pertinente, m’a toujours posé problème parce que, par la façon dont elle était mise en œuvre, elle me donnait le sentiment de sur-valoriser l’inscription d’un discours parmi d’autres à la compréhension réelle de la pratique ou du phénomène étudié.

Issue d’une formation plutôt scientifique, c’est à un autre type de discours que je m’intéresse. Par exemple :

« Des individus disposant des propriétés à définir A, mis en interaction avec des individus aux propriétés à définir B, placés dans une situation aux propriétés définies C, agissent ou réagissent de telle ou telle façon, entraînant la formation ou la transformation de tel ou tel produit/forme sociale D, que l’on appelle plus couramment de nos jours, X »

Dans le type de discours cité ci-dessus la couche argumentative des courants, des auteurs contemporains ou des fondateurs constituerait l’utile définition du point de départ de la réflexion engagée par le chercheur, et éventuellement l’utile « punching-ball » préparatoire avant la mise en débat, mais ni plus, ni moins. Le véritable travail, le cœur de la démarche de recherche scientifique resterait la suivante : un chercheur constate ou du moins est confronté à l’existence d’un phénomène, un produit social D pour lequel les explications actuelles lui semblent fausses ou insuffisantes. Conscient que ce phénomène se déroule dans un environnement aux propriétés C qui, s’il peut être variable et avoir un effet objectif sur le phénomène social étudié, ne constitue pas pour autant son fondement explicatif, et donc il cherchera à en neutraliser les effets. Restera alors les propriétés A et B des individus engagés dans la situation étudiée. Ce sont ces propriétés là, la compréhension de leurs genèses et des mécanismes qui leurs ont donnés naissance, qui importeront véritablement pour l’élaboration d’un savoir de science du social.

Remettre en jeu le facteur explicatif environnemental et on intéressera l’ingénieur. Intégrer les dimensions du choix et des responsabilités sociales liées à ce choix et on intéressera le politique. Cela n’est pas à dire que le scientifique doit en faire totalement abstraction, bien au contraire. L’environnement est justement ce qui permet de réinterroger continuellement l’objet du chercheur en révélant les éventuelles limites et failles des savoirs qu’il propose et donc des conséquences d’une mise en œuvre pratique, potentiellement néfaste ou bénéfique pour les corps engagés ; pareillement, la dimension politique n’est pas à négliger, parce qu’elle réinterroge continuellement la capacité du chercheur à entreprendre et à poursuivre son travail de recherche, mais surtout parce qu’elle est en mesure d’entrer en contradiction avec la volonté scientifique de poser un regard objectif sur la réalité en lui imposant un regard subjectif. Le chercheur doit donc toujours rester vigilant. Mais une fois cela dit, le cœur de la recherche restera toujours la compréhension et la réalisation d’une démarche qui permette de rendre compte et d’expliquer son objet, en l’occurrence les propriétés A/B, à partir desquelles s’organise, en situation, le reste du phénomène étudié.

Pour mettre en œuvre une telle science du sociale, il faudra nécessairement partir du postulat sur lequel est fondé toute science : si un phénomène existe, il est observable, ses déterminants sont matériels, dotés de propriétés mesurables et quantifiables, et ils ne sont pas comme on l’entend parfois : « extérieurs aux individus ». Soyons clairs, un phénomène social n’est pas plus extérieur aux individus qu’une réaction chimique n’est extérieure aux composants qui la constituent. Que l’environnement influe sur le résultat est une chose, dire que ce facteur est indissociable de la réaction chimique et de son explication en est une autre. Il est toutefois vrai qu’un problème tracasse particulièrement les sociologues : ils ne peuvent pas isoler les phénomènes sociaux qu’ils étudient des contextes spatiaux et temporels dans lesquels ils se déroulent. Mais contrairement à ce qui est dit parfois, loin de constituer une spécificité propre de l’objet, cela engage surtout le chercheur à surmonter un obstacle spécifique : l’obstacle morale. Or la morale est, il est vrai, un produit social à part entière dont la sociologie a pu montrer qu’elle avait un pouvoir de coercition bien réel. Et c’est pourquoi, au lieu de produire du concept qui tend à intégrer l’obstacle pour absorber la contrainte morale en donnant l’illusion de la faire disparaître, une science du sociale devrait au contraire s’engager à aller en sens inverse, à fuir cette solution que constitue la production de concepts, afin d’affronter l’obstacle, quitte à trouver un moyen pour le contourner. Une tâche peut-être bien moins gratifiante intellectuellement, mais qui aurait certainement l’avantage d’offrir des savoirs plus stables et plus fondés empiriquement pour comprendre le monde tel qu’il est réellement et tel qu’il évolue.

Puisque j’évoque cette nécessité empirique, parlons-en justement. L’étude des pratiques, notamment à travers le courant du pragmatisme, par la description « fine » des situations et des interactions pouvait certainement apparaître comme un moyen de répondre à cette question. Ce courant dont je me suis senti tout de suite très proche en arrivant à l’EHESS, pose néanmoins question par la façon dont il est mis en œuvre. En quoi la description des pratiques est-elle en mesure d’avoir une quelconque portée explicative ? Cela permet certainement d’offrir une base explicative à une prise en main politique de la situation, mais d’un point de vue scientifique et de ce que cela permet de saisir de la spécificité éventuelle du phénomène social étudié par rapport à d’autres, il y a de quoi rester dubitatif. On pourra tout à fait expliquer pourquoi un individu a engagé telles ou telles actions, mais certainement pas pourquoi ces dernières leurs sont apparues à ce point normales et naturelles pour que le phénomène social se réalise indépendamment de leurs volontés. L’étude des trajectoires apparaîtrait en ce sens plus éclairantes, néanmoins une telle démarche en reste le plus souvent, là encore, à la production de connaissances situées, attachées à ces trajectoires, et ne semble pas en mesure d’aller beaucoup plus loin.

Bien sûr, l’étude des pratiques permet un retour salutaire à l’empirie contre la théorisation et la modélisation, en proposant des descriptions plus satisfaisantes que ne l’étaient celles qui s’appuyaient sur des concepts. Cela permet notamment de faire émerger des nuances, des contradictions, des variations, que la mise en œuvre explicative parfois totalitaire des concepts tend à rendre invisible. Mais comment faire croire que la description peut tenir lieu de compréhension ou d’explication ? Ce ne sont pas les pratiques qui fondent l’explication sociale pour la simple et bonne raison qu’elles sont, tout comme le concept, le produit social à expliquer et à comprendre. Or en se satisfaisant de la description, ou pire en voulant en donner une traduction conceptuelle, la sociologie pragmatiste échappe au discours scientifique et retombe dans les travers d’une démarche qui, au lieu de combattre une production de discours, la justifie en proposant un autre type de discours, tout aussi insatisfaisant scientifiquement parlant. En réalité, la pratique tout comme, par exemple, les classes sociales sont des catégories du chercheur liées au niveau d’interprétation du monde. On pourrait ainsi dire que le concept de pratique est à l’argumentation d’un discours microsociologique ce que le concept de classes sociales est à l’argumentation d’un discours macrosociologique. Ni l’un ni l’autre ne sont supérieurs ou inférieurs, ils participent tous deux à des échelles différentes d’observation et de description du monde social.

Au fondement des phénomènes sociaux, la pensée

Alors que sont ces pratiques sociales qui vont donner forme à des phénomènes sociaux ? Ce sont tout d’abord des corps engagés dans des actions coordonnées entre elles et visant une fin qui ne se limite pas à la simple satisfaction, dans l’instant, d’une pulsion ou d’une émotion individuelle. Ces pratiques s’appuient sur l’existence de propriétés biologiques particulières. Propriétés qui font que la trajectoire d’une vie ne se limite pas à une simple succession d’événements séparés les uns des autres. Propriétés qui lui permettent de cumuler des expériences au point que ces dernières viennent interférer dans la réalisation de l’action elle-même. Dès lors, l’action n’est plus située dans un temps et dans un lieu, mais elle est ajustée selon la mémoire d’expériences passées et selon des attentes futures.

Si cela suffit pour définir une pratique, cela ne suffit pas pour autant à la qualifier de sociale. Pour cela encore faut-il que la mémoire des expériences et des attentes futures soient partagées avec des semblables. Or cela n’est possible que par l’émergence d’une chose très particulière, fruit de la mémoire et de la capacité d’anticipation qu’elle a développée : le symbole. C’est à dire de cette chose qui parce qu’elle porte une expérience mémorisée et partagée est plus que la chose elle-même. C’est le symbole qui fonde le langage et c’est son existence qui constitue le point de clivage entre une explication des phénomènes humains qui pourrait se satisfaire de la seule dimension biologique, de ceux qui nécessitent un autre ordre d’explication : la sociologie. Cela est-il à dire qu’il faut chercher l’explication en dehors des corps ? Non. Car si l’explication par la matière ne suffit plus, celle passant par l’explication de son organisation reste. Et c’est elle, l’organisation de la matière, qui intéresse le chercheur en science du social, parce que c’est elle qui fonde notre capacité à penser.

Précisons ici que la pensée n’est pas la conscience. La conscience concerne tous les corps biologiques qui dépendent de la maîtrise d’eux-mêmes et de leur environnement pour poursuivre leur action et leur existence. La pensée constitue une dimension plus restreinte de la conscience. Elle est la capacité dont nous a doté l’évolution, à travers notre système nerveux, de formuler des propositions, de les partager et surtout de les constituer comme des fondements à l’action. C’est la pensée qui nous fait agir et interagir dans un sens ou dans l’autre, à construire ou à détruire avec d’autres, à nous associer ou à combattre d’autres, à qualifier et à dissocier ce qui est bien de ce qui est mal, à établir des lois, des règles, des normes. La pensée est au cœur de l’explication sociale et c’est peut-être la seule chose qui nous distingue véritablement de l’animal. Cela n’est pas à dire que l’animal en serait dépourvu, mais que celle-ci s’est développée à un tel point chez l’homme que l’avantage comparatif qu’elle lui a permis d’acquérir pour survivre et modifier son environnement l’en distingue radicalement. La pensée ne doit donc pas être ici considérée comme une entité métaphysique, mais bien plutôt comme un processus cognitif qui engage un assemblage situé d’expériences captées et mémorisées par notre système nerveux par le biais des sens dont le corps dispose. Et surtout, et c’est cela qui intéresse d’abord et avant tout le sociologue parce que c’est cela qui lui permet de se dissocier de tout autre champ d’explication déjà existant, que le domaine de la production symbolique est devenu avec le langage, une expérience en soi, distincte de toutes les autres. En d’autres termes, le symbole est à la fois un produit et le moteur social fondateur. Le nœud ou le pont qui sépare deux ordres de réalité. D’ailleurs on pourra tirer de ce principe la conséquence suivante : toute interaction entre deux individus qui ne partagent pas les mêmes codes symboliques, c’est-à-dire le même langage, ne peut faire émerger un phénomène social. Certes des effets réciproques peuvent s’appliquer et s’appliqueront pour transformer les individus engagés dans une interaction qui les met en présence l’un l’autre, mais ils ne pourront pas constituer, par leur mise en interaction, un phénomène social à part entière. C’est là un principe qui peut définir assez généralement la frontière qui sépare l’étude des phénomènes spécifiquement sociaux, du reste.

Si donc on accepte de prendre la pensée comme élément moteur des phénomènes sociaux, et si on accepte de considérer les pratiques comme les produits de cette pensée, on peut alors tracer cette ligne théorique qui fonde l’espace d’étude d’une science du sociale :

Pensées –> Actions/pratiques –> Phénomènes sociaux

Un espace d’étude qui permet de se séparer d’une perception du monde social qui réduirait à l’explication biologique ou psychologique les comportements humains. D’ailleurs, en ce qui concerne la psychologie il convient de faire une distinction, si la psychologie qui s’intéresse à l’étude objective du cerveau par l’étude des processus biologiques et chimiques qui le font fonctionner doit être placée en amont de l’étude sociale ; à l’inverse, la psychologie sociale qui justement intègre l’inscription sociale des individus, doit être placée en aval de l’explication sociologique, comme étant l’un des éléments constitutifs de la grande famille des produits sociaux.

Étudier scientifiquement la pensée pour faire émerger les principes de l’action

La sociologie aborde généralement le social selon des angles très différents, parfois séparément, souvent en les associant. Elle se fait ainsi philosophie quand l’étude du social donne lieu à la production de concepts et à leurs mises en discussion ; elle se fait moralisatrice lorsque qu’elle cherche à combattre des idées reçues ; elle se fait journalisme quand l’enquête sociologique permet de révéler au grand public des réalités peu connues du monde social ; elle se fait histoire lorsqu’elle resitue un phénomène social dans une dynamique temporelle ; elle se fait expertise lorsqu’elle rédige des comptes rendus détaillés de situations sociales particulières afin de fournir des éléments de compréhension qui intéressent ceux qui sont engagés dans leurs devenirs ; elle se fait ingénierie lorsqu’elle tente de proposer des solutions pour améliorer des situations ; enfin elle se fait science quand elle tente d’expliquer pourquoi les gens font ce qu’ils font. Malheureusement, ce dernier domaine d’approche de l’objet social reste particulièrement pauvre. Pourquoi ? Parce que les instruments qui permettraient de développer notre connaissance du social sont restés archaïques : l’enquête de terrain à l’aide du carnet de notes ou la passation de questionnaires pour produire des statistiques, sont des méthodes qui ne sont clairement plus suffisantes pour la recherche et qui, si elles ont pu être particulièrement utiles pour révéler et justifier son existence, constituent aujourd’hui des freins au développement des savoirs. Mais à quoi ressemblerait une étude scientifique du social ?

La science est composée de deux bornes indissociables : la première consistant à poser une question d’ordre générale sur un phénomène du monde ; la deuxième consistant à produire un savoir qui permet d’y répondre objectivement. Objectivement signifie ici ramener l’explication à une dimension matérielle, constatable et mesurable, qui permet de répondre à la question générale, mais donc aussi de fournir des réponses à toutes les nuances du phénomène étudié. Ainsi, à la question, pourquoi le soleil se lève ? Une réponse explicative de nature scientifique doit être en mesure de produire un savoir général sur le système solaire et sa mécanique. En d’autres termes, un savoir de nature scientifique dépasse nécessairement la dimension située du problème posé initialement.

Dans le cas d’une science du social, les questions visant à savoir pourquoi les riches font-ci, pourquoi les étudiants font ça, pourquoi telle institution ou telle loi ou règle existe, renvoient à la même question de celle du soleil : il faut comprendre la mécanique générale du système social pour y répondre précisément. Or si dans le cas du système solaire, les lois de la gravitation fondent l’explication satisfaisante de l’organisation d’un système de corps aux propriétés physiques spécifiques, en ce qui concerne l’humanité et les phénomènes sociaux qu’elle fait émerger, ce sont les lois de la pensée qui en sont les fondements. La pensée, c’est-à-dire cette propriété sociale dont est doté un individu, qui va le faire agir à la fois généralement et spécifiquement au sein de l’espace social considéré faisant émerger un phénomène qui intéresse le chercheur. La pensée constitue donc une force spécifique, une force interne qui s’exerce sur soi, nécessaire à saisir pour comprendre les phénomènes sociaux dont nous sommes les révélateurs par nos actions. Et en accomplissant ce travail, le sociologue met en avant l’influence importante pour ne pas dire déterminante, qu’exerce le couple expérience/langage, lorsqu’il interfère, voir s’oppose directement, au couple instinct/expérience qui dominerait encore chez l’animal.

À ce sujet et pour ouvrir une parenthèse, la dimension théorique qui existe en science est une phase transitoire, intermédiaire, lorsque le flou des connaissances persistent entre la question posée et la capacité effective d’affirmer une connaissance objective sur les fondements matériels du phénomène à l’origine du questionnement. En d’autres termes, la théorisation est tout à la fois la tentative ingénieuse et éclairante, que l’aveu de faiblesse d’une démarche qui vise à anticiper ce que l’on ne connaît pas encore. De la même manière, la modélisation qui est une synthèse à visée pratique est, et reste une explication de principe qui si elle prétend expliquer un phénomène, n’est pas le phénomène lui même parce qu’elle est justement permise par l’abstraction qui est faite de la complexité naturelle que constitue un environnement réel. Donc tout comme la théorie est une phase intermédiaire qui anticipe des savoirs et des connaissances réelles, la modélisation est une phase intermédiaire pour saisir pratiquement un phénomène. Et l’une comme l’autre, si elles sont des étapes utiles et nécessaires du travail scientifique, ne peuvent constituer des réponses satisfaisantes et encore moins constituer une fin en soi de la recherche scientifique. Un type de production dont malheureusement, la sociologie que j’ai eu à fréquenter, me semblait se satisfaire.

Pour en revenir à la pensée et si on la constitue comme objet central de l’étude d’un chercheur sur le social, on implique que tout ce qui entoure cette pensée, jusqu’à notre corps lui-même, système cérébral compris, fait partie de l’environnement sur lequel un phénomène social peut s’exprimer et sur lequel il s’exprime effectivement in fine. S’il y a donc bien un aspect sur lequel tout scientifique du social doit pouvoir se mettre d’accord, c’est qu’il n’y a pas une « chose » fixe, un facteur universel que l’on peut intrinsèquement qualifier de social. La « chose » sociale n’existe pas et n’est pas séparable de son environnement. Elle est un processus. Processus qui est permis par l’existence objective d’un certain nombre de corps matériels possédant des propriétés spécifiques qui, en se rencontrant, produisent cet ordre de phénomène particulier. Et c’est donc par l’étude de ce processus de rencontres de propriétés particulières, qui entraîne des phénomènes d’organisation spécifique de la matière, que le chercheur est susceptible de découvrir les principes de la pensée. Principes universels qui s’appliqueront ensuite de façon nécessairement spécifiques, en situation, comme dans le cadre de n’importe quel phénomène naturel, jamais strictement identique, toujours en évolution.

On en profitera donc tout de suite pour préciser que cette distinction du social et du corps biologique doit conduire à une conclusion elle aussi évidente, le social et les phénomènes sociaux ne sont pas spécifiquement humains. Et même si l’expérience semble prouver qu’un écart important sépare l’homme de l’animal, scientifiquement parlant il n’y a aucune raison de dissocier les deux. D’une certaine façon, et pour utiliser une image qui n’est peut-être pas parfaite, mais qui devrait aider à comprendre ce point de vue, considérer l’humanité comme le seul espace d’une étude scientifique du sociale serait comparable au chimiste qui disposerait d’un tableau périodique à une seule case – la case H (pour Humain) – et qui ne s’intéresserait qu’aux variations de H selon le contexte, sans jamais considérer la possibilité que d’autres corps disposant de propriétés différentes puissent produire d’autres états du social ou que l’existence d’autres corps puisse être à même de produire des phénomènes sociaux spécifiques lorsque mis en interaction avec les individus H. Ce n’est pas la distinction biologique qui empêche l’existence de phénomènes sociaux, mais la barrière du partage symbolique. Une étude scientifique du social ne peut donc se permettre de se restreindre à la seule dimension humaine des phénomènes. Non seulement ce serait faire preuve d’une auto-limitation sans justification scientifiquement valable, mais ce serait surtout commettre une faute scientifique en terme de démarche puisqu’elle manifesterait l’expression d’une subjectivité au détriment de la connaissance objective du monde. Et ce serait en totale contradiction avec l’un des arguments fondateurs de la discipline, maintes fois répété à chaque mise en garde sociologique, visant à expurger les considérations de nature biologique de l’argumentation sociologique.

Il est en un sens évident que la dimension humaine du phénomène social capte l’intérêt du chercheur : elle est la plus facilement perceptible pour lui. Il dispose par ailleurs du même langage ce qui en facilite l’accès, et elle est toujours là, face à lui, le concernant directement en tant que citoyen, en tant qu’individu socialisé. Mais ces raisons sont autant de murs qui trompent le regard du chercheur en quête d’objectivité et qui l’écarte de sa recherche d’une compréhension scientifique du monde social. Pour faciliter le travail de recherche, mais aussi pour faire tomber ces barrières morales, les scientifiques d’autres disciplines ont souvent été amenés, quand cela était possible, à sortir les phénomènes qui les intéressaient du contexte environnemental dans lequel ils étaient inscrits et à développer des outils pour aider à leurs études. C’est un passage presque obligé qui offre l’avantage pratique pour le chercheur de stabiliser le problème pour lui même et pour d’autres avant d’essayer de le résoudre. Et tant que le chercheur n’a pas développé de tels outils techniques, le savoir produit est toujours susceptible d’être remis en question par la subjectivité des regards portés sur un phénomène considéré. Des outils qui apparaissent donc, dans le cadre d’une science du social, comme les grands oubliés. Et si l’objet de la sociologie apparaît comme spécifique, ce n’est pas parce qu’il est spécifique, mais parce qu’il est un phénomène qui caractérise des individus auxquels s’applique un certain nombre de règles, notamment morales et légales. Des règles qui empêchent à juste titre de traiter les individus sociaux que nous sommes comme des objets. Cela doit-il pour autant constituer une spécificité du social et justifier une spécificité de la méthode ou de la démarche ? Non, c’est d’abord et avant tout la démonstration de la force de coercition bien réelle qu’exerce le social sur l’étude sociale elle-même. Une contrainte morale et légale qui impose de façon presque inconsciente aux chercheurs de ne pas accomplir le désenchantement final, ou le sacrilège ultime, de réduire ce qui fait notre « Grandeur », notre « Humanité », à rien d’autre que le fruit d’un processus naturel. Or c’est dans ce passage, ce franchissement de la barrière qui sépare l’ordre moral de l’ordre scientifique, que se joue le devenir d’une étude objective du social.

Des outils à la mesure d’une science du social pour dépasser l’obstacle épistémologique

Il découle de ce qui a été dit précédemment que la sociologie, en temps qu’étude scientifique du social, serait cette discipline dont les outils auront pour but de saisir, mesurer, quantifier et évaluer objectivement les pensées. Cela afin de mieux comprendre et expliquer ensuite, ce que leurs mises en adéquation situées dans un environnement donné est susceptible de produire comme conséquences pratiques spécifiques pour les corps engagés dans la production du phénomène étudié. Dès lors une question se pose nécessairement, comment saisir cette pensée ?

La pensée a une réalité objective. Même si le socle biologique qui la permet est encore peu compris, elle n’en reste pas moins contenue dans les limites objectives connues des processus spécifiques qui se jouent dans un espace cérébral, qu’il soit humain ou non. Une recherche véritablement scientifique du social ne pouvant se réaliser sur l’humain, le chercheur devra donc nécessairement déplacer son regard et réaliser sa recherche sur ce qui peut constituer la seule solution à son accomplissement : étudier d’autres corps qui soient en mesure de produire et de reproduire des propriétés sociales, qui ne soient pas humains ou « protégés » par les lois sociales ou morales qu’il s’impose à lui même. Des corps disposants tout comme lui de sens pour capter un environnement, d’un système cognitif capable de mémoriser et d’organiser les informations reçues, et de membres permettant d’agir pour s’adapter à un environnement en réponse aux informations reçues. En un premier temps, on pourrait considérer que déporter le regard sur l’étude objective d’animaux, dits sociaux, pourrait constituer une réponse satisfaisante. Elle l’est d’ailleurs sûrement et devra être une voie à explorer à l’avenir quoi qu’il arrive parce qu’elle sera riche d’enseignements ne serait-ce que par comparaison. Mais aujourd’hui d’autres pistes existent et l’une d’entre elle m’intéresse particulièrement : la robotique. On peut ainsi penser qu’une recherche sociologique pourrait tout à fait s’appuyer sur les connaissances techniques de plus en plus avancées, et sur le développement de plus en plus rapide, de ces dispositifs qui visent à reproduire le comportement humain.

Ainsi, en se focalisant sur la pensée comme moteur des processus sociaux, le sociologue s’ouvrirait des perspectives quant au franchissement possible de l’obstacle épistémologique que constitue généralement l’objet social. Et de la même façon qu’il est normal de produire des expériences en laboratoire, des recherches sur la pensée par la construction de corps robotiques visant à reproduire les conditions d’une telle émergence devrait permettre de reproduire, certes de façon artificielle, des phénomènes sociaux bien réels, commençant par le premier d’entre eux, fondateur, le langage. Accomplir de telles recherches serait essentiel pour comprendre les principes et les dynamiques propres aux phénomènes sociaux. Malheureusement, pour l’heure, la communication entre ces branches de recherches apparaît peu développée et seule l’initiative personnelle du chercheur semble laisser une éventuelle place au décloisonnement de disciplines qui auraient pourtant tout à gagner à leur association dans le cadre d’une démarche d’approfondissement des savoirs sur un objet commun.

De la production de savoirs à leurs mises en pratique… quelles attentes ?

La finalité première d’une telle démarche serait de comprendre objectivement, de pouvoir expliquer et donc de pouvoir anticiper ce qui constitue la genèse, le développement et la destruction d’un phénomène social à partir, par exemple, de l’étude de l’interaction recréé : robot-robot. Les extensions pratiques d’un tel savoir pourraient alors être affinées pour être adaptées aux interactions dans des environnements spécifiques qui intéressent l’homme, je pense notamment aux extensions industrielles de l’interaction humain-robot, mais aussi, plus importantes encore, aux interactions politiques humain-humain. Ce dernier stade nécessiterait, mais ce n’est pas l’objet de ce texte, le développement d’outils adaptés à la mesure et à la capacité de saisir l’ensemble des échanges symboliques que nous sommes capables de produire pour réaliser les phénomènes sociaux qui nous caractérisent et dont l’expression politique est peut-être son expression la plus aboutie. Une démarche qui devrait néanmoins, pour se réaliser, dépasser des craintes légitimes que feraient peser sur elle une telle extension politique, puisqu’elle impliquerait nécessairement de réaliser une entorse à la notion de « vie privée ».

Cela ne doit pas pour autant empêcher la poursuite d’une démarche de production de savoirs appliqués à d’autres corps. Le savoir n’est fondamentalement ni positif ni négatif, seule son utilisation politique et son inscription pratique dans un espace social sont susceptibles de le caractériser moralement. Gageons donc qu’une telle connaissance sur le social soit tout à la fois en mesure d’offrir ultérieurement une aide à la décision politique qu’une mise en garde à son utilisation. Pourquoi une mise en garde ? Parce que comme pour tout phénomène naturel, à une action sociale correspond nécessairement une réaction sociale d’égale ampleur et dont la maîtrise ne peut appartenir à un constituant du phénomène lui-même. En d’autres termes, une utilisation abusive d’un savoir social par une partie du groupe social sur une autre partie d’un même groupe social est vouée à subir les conséquences plus ou moins fortes et à plus ou moins long termes des effets secondaires non maîtrisés produit par l’action initiale. Par contre, là où une telle connaissance sociale pourrait avoir une utilisation effectivement totalitaire et donc discutable, serait la situation dans laquelle un groupe social imposerait son savoir sur un autre groupe social distinct pour l’amener à produire des phénomènes pour son seul intérêt. C’est notamment le problème qu’aime à soulever la littérature de science-fiction lorsqu’elle aborde l’interaction homme-robot. Car que se passerait-il si un jour des créatures à la fois produits de l’humanité, mais complètement intégrées à celle-ci ne pouvaient plus être considérées comme des « machines au service de », mais, dans l’esprit de leurs utilisateurs, comme des « esclaves dominés par ». Si effectivement la distinction ne pouvait plus être établie avec certitude, l’humanité serait confrontée à une tension sociale majeure, un dilemme sociologique d’une portée fondatrice pour son devenir et pour le devenir de ceux qu’elle a créé.

Conclusion : De l’artisanat à la science…

Mon objectif était de préciser ici ma critique à l’égard de la discipline sociologique telle qu’elle m’a été présentée lors de mon Master, mais aussi d’ouvrir ce que je crois devoir être un programme de recherche nécessaire au développement d’une recherche scientifique sur le social. Une voie dans laquelle il me semble que non seulement la discipline doit s’engager, mais dont je pense qu’elle participera de toute façon nécessairement au processus de rationalisation qu’exige la production de savoirs, portée par les évolutions sociales et techniques toujours plus exigeantes auxquelles elle est constamment confrontée. Le développement de la robotique et plus précisément de l’intelligence artificielle permettra et nécessitera la production d’un savoir scientifique sur ce que sont les principes moteurs des phénomènes dits sociaux. Par ailleurs, les outils qui permettraient de saisir la dimension spécifiquement humaine de ces phénomènes commencent eux aussi à exister et à se généraliser, même si leurs finalités ne sont toujours pas rationalisées pour répondre à un questionnement scientifique – je pense notamment au scandale récent qu’a suscité la mise en œuvre de l’outil d’espionnage/surveillance développé par la NSA. C’est pourquoi il revient clairement à la recherche sociologique de franchir le pas et de reprendre à son compte les capacités nouvelles que lui offrent les développements techniques actuels. Ce serait là un tournant pour la discipline, à l’image de celui qui l’a fait passer d’une étude « critique » à une étude « de la critique » ; un passage qui la ferait passer de l’étude de l’articulation de produits sociaux à l’étude de ce qu’est un produit social en lui-même. Une évolution qui devrait notamment l’amener, même si cela n’est que symbolique, à laisser enfin tomber le « logos » contenu dans l’étiquette qui la désigne – sociologie – pour que, à l’image des autres sciences naturelles telle que « la physique » ou « la chimie », elle prenne – enfin – le nom de cette dimension spécifique des phénomènes qu’elle se donne pour tâche d’étudier : Le Social (à moins que la définition littérale du terme, « discours sur le social », soit inversé pour devenir une étude du « social par le discours ». Le discours pouvant devenir ici le cadre général, lui même sous-divisé en langages spécifiques, désignant l’univers de cette production symbolique qui permet d’accéder à la pensée et donc aux phénomènes sociaux qui en découlent)

Je terminerai ce texte avec une analogie qui je crois traduira le sens général de ce texte : le discours, sa forme, son contenu est un produit social fruit de la pratique comme la ballerine est le fruit de la pratique de l’artisan cordonnier. Et en ce sens, le chercheur sociologue actuel ne se distingue pas fondamentalement de l’artisan. Quelle que soit la minutie de son travail ou de la démarche rationnelle qu’il met en œuvre, il ne s’intéresse pas tant à la compréhension de son objet, qu’à la production d’une chose, un discours ou une chaussure, qui soit en mesure de s’adapter le plus parfaitement possible à cet objet. Pour l’artisan il s’agira d’une chaussure s’adaptant à un pied, pour le sociologue il s’agira d’un discours s’adaptant a un phénomène social. Et l’un comme l’autre pourront discourir éternellement sur la forme de leur objet, sur ses nuances, ses contradictions, ses spécificités toujours situées, toujours contextualisées et pourront aussi confirmer avec insistance ce que le sociologue prend un étrange plaisir narcissique à s’affirmer pour lui même, que ce qu’il produit sera toujours dépendant de la subjectivité du regard qui est posé sur l’objet. Ainsi, la chaussure dépendra toujours du regard que le cordonnier posera sur le pied, autant que le discours sociologique dépendra toujours du regard que le sociologue posera sur le phénomène social qu’il étudie. Pour autant, on l’aura bien compris, cela ne permettra jamais de produire de savoirs supplémentaires sur l’objet en question, qu’il s’agisse du pied ou du phénomène social observé. Pour cela, il faut entamer une démarche complètement différente, une démarche que la sociologie a entamé au début de son histoire mais qu’elle semble avoir oublié depuis, la pratique du cordonnier comme celle du sociologue actuelle étant prisonnière à la fois des limites de l’expérience que lui procurent ses propres sens et de la finalité pratique qu’il vise.

C’est pourquoi, à la différence de l’artisan, le travail du scientifique sera toujours de développer ses sens par la production technique d’outils en mesure de lui donner accès à ce qu’il ne peut pas voir, à ce qu’il ne peut pas maîtriser sur son objet en le déplaçant ou se déplaçant lui même, et en mettant de côté toute dimension pratique. D’ailleurs, et c’est là un constat simple, mais au combien fondamental que, ce que l’individu n’a pas expérimenté, il ne peut le concevoir, et ce même si l’illusion imaginative dont nous dote notre cerveau laisse croire le contraire. Or le travail du scientifique vise justement d’abord et avant tout, grâce à ses outils, à repousser ses propres limites sensorielles pour étendre ses connaissances sur le monde et être ainsi en mesure de produire des savoirs nouveaux. Une orientation qui manque aujourd’hui à une démarche véritablement scientifique sur le social. La démarche actuelle qui vise à produire des concepts et des théories par la multiplication des objets d’observations et leurs mises en comparaison ouvre certes à une capacité interprétative, mais si elle constitue une démarche utile, elle est enfermé dans une démarche pratique qui est insuffisante pour répondre à un questionnement de science fondamental. Il faut donc que la sociologie actuelle sorte les phénomènes sociaux de leur environnement et c’est seulement par ce travail de détachement qu’il sera en mesure de décaler son regard sur son objet pour produire des savoirs et non des connaissances pratiques situées. Il lui faudra réaliser à la fois des expériences lui permettant de produire et de reproduire le social et élaborer des outils lui permettant de mesurer plus efficacement le social déjà existant ; et c’est dans cette articulation qu’une science du social se réalisera et que des avancées scientifiques sur ce qu’est le social, en soi, se réaliseront…

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