Des structures naturelles au social

Cette article fait suite au visionnage de la vidéo ci-dessus. Ces nuages d’oiseaux sont toujours spectaculaires, et tout particulièrement dans cette vidéo. Mais au delà de l’esthétique de la dynamique (qui ressemble d’ailleurs fort aux modèles mathématiques que l’on peut voir en d’autres circonstances comme ici dans le cas de la collision de deux galaxies : http://www.youtube.com/watch?v=PrIk6dKcdoU&feature=related) quand on s’intéresse à la sociologie on peut être amené à se poser la question de savoir comment cela fonctionne, parce qu’a priori le social n’a pas lieu d’être dans le cas des oiseaux. On est pourtant confronté à un groupe d’individus qui agissent de manière coordonnée dans un lieu et un environnement donné. Qu’en penser ? Forcément cela pose la question de la nature du social, car qu’est ce que le social si on en a pas besoin pour expliquer la cohésion d’un groupe d’oiseaux (le nuage) ou de ses actions collectives (ses mouvements coordonnées). Se pose alors forcément une question fondamentale de la sociologie, qui oppose approche individualiste et approche holiste.

Si le social est le résultat d’actions individuelles, alors ce vol d’étourneaux est explicable de manière sociologique comme pourrait l’être la formation des galaxies. On serait pourtant bien loin d’une étude du social où on l’entend généralement puisque qu’on l’attribut à une espèce animale bien particulière, l’espèce humaine (et à des degrés divers mais généralement moins sophistiqués ou plus primitives à certaines espèces animales ou d’insectes). Le social serait donc bien autre chose que des simples coordinations interindividuelles. Qu’est ce qui distingue alors l’humain de l’oiseau ? Et que peut-on attendre ou escompter de cette différence sur l’appréhension des phénomènes sociaux ?

j’ai le sentiment que la seule différence essentielle vient du fait que nous évoluons de plus en plus dans des univers que nous construisons de nos propres mains. Un peu comme si le vol des étourneaux était similaire a un groupe humain de l’âge préhistorique. La seule différence étant qu’aujourd’hui nous nous approprions petit à petit l’environnement pour le modeler selon notre bon vouloir. Un peu comme si l’humanité s’était accaparée une parti de la dynamique dont elle dépendait auparavant, une dynamique incorporée petit à petit en circuit fermé en son sein. C’est à dire que si l’oiseau est totalement désemparé face aux contraintes de l’environnement auxquels il est totalement soumis, d’où l’évolution en apparence à la fois chaotique du nuage d’oiseaux (lié au vent, à la présence de nourriture dans une direction donnée, à la présence d’un prédateur éventuel, etc) mais aussi coordonné parce qu’il suit ses congénères les plus proches… l’humain peut sembler très similaire, mais néanmoins, petit à petit, semble en capacité de maitriser les paramètres de son environnement, ce qui d’une façon ou d’une autre oriente son évolution puisque au fur a mesure qu’il maitrise des paramètres, il pose des cadres et donc des capacités réflexives d’orienter lui même le mouvement de l’ensemble. En d’autres termes, le social dans sa dimension humaine commencerait avec la capacité réflexive des individus à agir sur les actions et les capacités d’appréhension d’autrui ainsi que sur les siennes propres. Étudier le social serait donc étudier les configurations fruit de cette réflexivité. Cela n’induit pas qu’il faudrait oublier l’approche individualiste, bien au contraire, mais de voir qu’il existe une couche supplémentaire, encore au dessus, qui s’y ajoute

L’étude des situations de panique, d’embouteillages comme peut le faire l’individualisme relève d’une compréhension primaire (sans être péjoratif) qui ne peut se satisfaire à elle même dans la cadre d’une étude qui se voudrait complète pour comprendre la sociologie humaine. L’individualisme est parfait dans le cadre d’une étude située et qui se réalise à un temps T ou dans une période de courte durée. Mais on peut, et il faut aller plus loin. Dés lors qu’on élargi son espace de réflexion à des univers qui mêlent plusieurs cultures, traditions, ou modes de vies et/ou si on étudie une évolution sociale sur le long terme, le modèle individualiste ne peut plus suffire. On doit prendre en compte les réalisations humaines qui, devenu paramètres « environnementaux » à leur tour, vont conditionner l’évolution humaine. Paramètres qui, parce qu’ils sont devenu le fruit de l’activité humaine, sont potentiellement en perpétuelle transformation et réappropriation sous l’influence de la réflexivité, fonctionnant comme une boucle fermée rétroactive. Par homologie on pourrait être tenté d’assimiler cela à un larsen.

Que l’on me comprenne bien, je considère les analyses individualistes et holistes indissociables. Mais qu’il y a une gradation dans le type d’analyse. L’analyse individualiste est première car elle est générale et n’a pas de spécificités particulières en ce sens qu’elle est détaché de ce qui fait la spécificité humaine. Si on veut aller plus loin et étudier une évolution des configurations ou comprendre la différence entre une action A en un lieu A et une action B dans un lieu B, on doit passer à une lecture holiste qui est la seule à pouvoir prendre en compte la dynamique de l’évolution de l’action ou les différences de dynamique de l’action entre deux groupes distincts, alors que la lecture individualiste ne peut analyser que la dynamique de l’action en tant que tel.

Généralement c’est par le biais d’une approche qualitative, faisant directement référence aux intentions des acteurs que l’on peut atteindre la réflexivité qui fonde le social dans sa dimension humaine. Certes l’individualisme ne se prive pas non plus de ce type de méthodologie mais considère l’ « autre », autrui, comme étant constitutif de l’environnement, on serait donc encore dans un modèle statique, c’est à dire ou le rapport action-réaction est figé (non évolutif sauf dans le cas de l’évolution de l’environnement) et en principe valable à tout instant, sauf si on change les paramètres. Alors qu’en prenant en compte cette seconde couche on incorpore une complexité supplémentaire qui conditionne l’action et les réactions à un passé, un milieu social, un contexte temporel, à une incorporation de savoirs etc… donc dans un rapport dynamique et en évolution constante. Un social (humain), pris dans sa dimension pleine et entière.

Pour poursuivre on peut lire cet intéressant article sur l’étude du vol des étourneaux comme « système critique » : http://rhuthmos.eu/spip.php?article199

Pour conclure, voici cette belle petite vidéo que je connais depuis un certain temps déjà mais qui rappel que les formes de la nature peuvent être régies par des règles mathématiques simples : Nature by numbers.

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