Ce cinéma, reflet d’un monde sans espoir…

Affiche du film Polisse de Maïwenn Récemment je suis allé voir deux films. Je pensais écrire un article séparé pour chacun de ces deux films mais finalement ayant pris un peu trop de temps pour la publication du premier, j’ai décidé de les réunir au sein d’un même article car ils ont en commun de porter tous les deux un regard désillusionné sur le monde qu’ils mettent en scène.

Il s’agit de « Polisse » de Maïwenn et « Les marches du pouvoir » de George Clooney. L’un comme l’autre sont des fictions qui traitent de problèmes contemporains. Des visions d’un monde où des personnages plein d’idéaux et de bonnes volontés, sont pris dans des réalités qui les dépassent et les contraignent dans leurs actions, au point de les placer devant leurs propres contradictions. Il est d’ailleurs frappant en mettant les deux affiches de promotion côte à côte qu’elles utilisent le même procédé, celui d’un visage d’homme caché ou à moitié caché par la photo de celui qui est leur raison d’agir : Les agents de la Brigade de protection des mineurs (BPM) se battent pour la défense des enfants qui subissent des abus, le directeur de campagne se bat pour la victoire de son candidat. Or ces combats, au delà des grands discours, cachent une réalité qui n’est pas forcément avouable, ni belle à voir.

Prenons tout d’abord « Polisse ». Ce film qui a reçu les acclamations de la critique et du public peut donner le sentiment d’être positif ou négatif suivant le point de vue que l’on adopte. Si on s’intéresse au travail de ces hommes et de ces femmes qui œuvrent pour délivrer des enfants de l’emprise d’adultes qui exercent leur position de domination pour assouvir leurs désirs ou leurs pulsions sexuelles, on ne peux qu’être reconnaissant et louer leur engagement total dans ce travail. Mais cette vision semble trop coller à une idée qu’on se fait de la réalité. Tout le mérite du film semble donc résider au contraire dans l’envers du décors que le film met en évidence. Celui d’un travail mené par des hommes et des femmes qui ont leur propre histoire, leurs propres défauts, et dont le champ d’action parait bien risible devant l’ampleur de la tache à accomplir.

Ce film peut ainsi apparaitre comme une déconstruction d’un idéal. Ainsi, au delà de l’attachement qu’ils inspirent, les agents de la BPM ne sont pas différent de nous en ce sens qu’ils sont englués dans leurs propres problèmes personnels. Problèmes qu’ils ont apparemment autant de mal à résoudre que n’importe qui. On peut aussi être particulièrement gêné par la scène ou les membres de la BPM rigolent d’une fillette qui leur raconte en toute innocence qu’elle a fait des fellations pour récupérer sont portable. On peut certes trouver la situation cocasse, il n’en reste pas moins que cette vision d’une sexualité rabaissée est triste à voir, d’autant plus qu’on se demande alors ce que fait cet enfant, seul face aux policiers, à ce moment du film, dans ce bureau de la BPM. Difficile de penser qu’elle a fait la démarche d’en parler alors qu’elle ne semble pas plus choquée que cela par son acte.

La désillusion est à son comble quand le chef de la brigade s’écrase devant son supérieur hiérarchique parce qu’un homme soupçonné d’attouchement sur sa fille fait jouer de son relationnel pour échapper à la justice. Désillusion aussi quand une mère amène son enfant parce qu’elle n’a plus les moyens de s’en occuper correctement ; le laissant derrière elle pour lui donner une chance d’une vie meilleure. Enfin, l’action des ces agents devient particulièrement critiquable lorsque l’écusson de la police est brandi comme symbole indiscutable de la légitimité et de la raison, révélant ainsi un aveu d’échec de leurs arguments face à des pratiques que l’on peut, il est vrai, juger contestables, ou quand les agents mènent une descente policière particulièrement brutale dans un village improvisé de roms. Certes le film évoque comme justification l’existence d’un réseau de trafique d’enfants, mais à aucun moment dans le film ce soupçon n’est étendu à l’ensemble des membres de ce camps ni même confirmé. En agissant ainsi, on assiste peut-être à une bavure policière dont les enfants, séparés de leurs parents garderont peut-être des séquelles à vie en raison de la violence d’une intervention qui s’apparente plus à une rafle qu’à autre chose. La scène qui suit, montrant les enfants s’amusant dans le bus, ressemble d’ailleurs plus à une caution pour adoucir la scène de la descente policière. Cette dernière est trop belle pour être vrai, trop facile pour être crédible. Et même si ces enfants retrouvent effectivement un peu de joie, qu’est ce que cela prouve ? Pas forcément qu’il existait un réseau de trafique d’enfant, mais d’abord que ce sont des enfants et que la meilleurs façon d’affronter les difficultés de la vie est de les oublier par le biais du jeu. Enfin, que dire de ce suicide d’un agent de la BPM qui conclu le film ? Cet acte est le symbole ultime de la désillusion, de l’enfermement dans des contradictions insolubles (personnelles – professionnelles ?). Et malgré le fait que cet acte semble mal amené dans le film, Il est presque prédictible et nécessaire tant la tension est perceptible au sein de la brigade qui est décrite par Maïwenn.

Les marches du pouvoir de Georges ClooneyAvec le film de George Clooney on suit cette fois la construction des désillusions du personnage principal, assistant d’un directeur de campagne. « Les marches du pouvoir » s’intéresse à un moment charnière et décisif du déroulement d’une campagne pour les primaires démocrates et plus spécifiquement au travail des communicants pour négocier les ralliements afin d’acquérir les votes des grands électeurs nécessaires à la désignation du candidat démocrate. Il est tentant de voir dans ce film les désillusions d’une Amérique face à la politique « made in USA », et on peut difficilement éviter la mise en parallèle avec la campagne d’Obama qui fut décrite comme une énorme machine à communiquer (Obama et son équipe furent d’ailleurs salués par le prix de « marketer of the year 2008 ») et les désillusions actuelles d’un bon nombre de citoyens qui assistent aujourd’hui aux nombreux revirement de sa politique. Tous les personnages décrits dans le film sont plein d’idéaux et de belles paroles mais ont aussi beaucoup de choses à cacher. Chaque personnage clé semble guidé par des codes moraux fort, mais au fur et à mesure que l’histoire avance et que les problèmes se révèlent, ils sont contraints de faire des choix au nom d’une victoire espérée, qui mettent à bas toutes les belles paroles qu’ils tiennent par ailleurs.

La machinerie électorale a ainsi raison des intentions pour laisser place à une « realpolitik »pure et dure, où les mensonges et les coups bas se succèdent, révélant toute l’hypocrisie et les faux-semblants qui règnent entre les personnages. Les discours politiques ne sont plus que des artifices au service d’une accession au pouvoir correspondant à l’idéal que l’on se fait du processus démocratique. Mais, et c’est bien que ce que semble vouloir nous dire George Clooney, les enjeux d’une élection sont ailleurs et on se moque des citoyens et des militants qui croient dans les discours des candidats. Les discours servent à se positionner mais certainement pas à être défendu si d’aventure le candidat était élu. Peut-être le seront-ils en cas de victoire, mais pas parce qu’ils auront été des promesses faites aux électeurs, mais plutôt parce qu’ils répondront aux besoins politiques du moment. Ce film est un peu la mise en image de l’expression « les promesses n’engagent que ceux qui y croient », où les véritables maitres d’œuvres se trouvent dans les couloirs avec des enjeux bien loin des préoccupations des citoyens. Peu importe les discours, peu importe le candidat, tout ce qui compte au final c’est la victoire et les arrangements, entendez compromissions, qui s’y jouent pour l’assurer.

Ces films sont-ils le reflet de l’état actuel de crise que nous vivons ou ont-ils toujours existé ? Au premier abord on pourrait croire que le cinéma devrait au contraire nous permettre d’échapper à notre quotidien, mettre en valeur l’extraordinaire, le particulier, l’unique ou encore faire la promotion de ces happy-end si attendus. Nous faire vivre des émotions que nous n’avons pas l’occasion de vivre dans notre vie de tous les jours. D’une certaine façon c’est la valeur ajoutée du cinéma de raconter des histoires extra-ordinaires. Alors pourquoi des films qui évoquent la réalité sortent sur les grands écrans et suscitent de l’intérêt ? Pourquoi nous prouver que la réalité est bien réel, qu’elle est traversé de contradictions et que c’est elle qui doit nous intéresser ? Est-ce un effet de société qui conduit certains réalisateurs à voir l’intérêt et la nécessité de réaliser des films qui évoquent des problèmes de société  ?

Des films tels que « Polisse » ou « Les marches du pouvoir » restent des fictions et ne sont que l’apparence de la réalité. Sans être dupe, on peut ainsi penser que l’existence de ces films réside surtout dans leur adéquation avec un marché, ils répondent à une demande du publique et/ou à ce que les producteurs pensent qu’est cette demande du public. Alors si on peut penser que ces films ne sont pas nouveaux, leurs misent en avant sur les grands écrans et les moyens dont ils bénéficient pour être réalisés et diffusés sont au moins en parti liés au contexte.

Peuvent-ils participer à la prise de conscience des problèmes que nous rencontrons au quotidien et ainsi contribuer à une volonté de changement ou à son partage par une part plus importante de la population ? Peut-être, mais rien n’est moins sûr car en montrant une réalité imparfaite, ces films fixent cette réalité comme un horizon indépassable. C’est d’ailleurs, si tenté que cela ait pu être un objectif des réalisateurs, peut-être ce qui manque le plus à ces deux films : la proposition d’une issue qui permette d’aller au delà, l’esquisse d’un espoir permettant de dépasser cette idée profondément ancrée en nous selon laquelle nous ne pouvons rien changer…

Bande annonce de « Polisse » de Maïwenn :

Bande annonce de « Les marches du pouvoir » de George Clooney :

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